En sept années d’expatriation, nous n’avions jamais été confrontés à cette épreuve. Par chance, sans doute. Et puis un jour, l’appel arrive. Celui que personne n’anticipe. La perte d’un proche. Brutale. Injuste. Un accident de voiture. Le choc est immédiat, irréel.
Alors j’ai ressenti le besoin de poser quelques mots ici. Parce que vivre un deuil en expatriation est une réalité à laquelle on peut être confronté, sans y être préparé. Partager ces réflexions n’a pas vocation à donner des clés ou des solutions. Il n’y a pas de mode d’emploi pour traverser ça. Ce sont simplement des pensées déposées, avec un cœur lourd, mais une nouvelle lucidité. Alors si cette étape remet en question tous vos projets, peut être que lire ceci vous aidera dans votre réflexion.
La culpabilité ravivée de vivre loin de nos proches.
Cette douleur-là a une particularité : elle ravive une culpabilité déjà bien présente. Celle de vivre loin. Loin de sa famille. Loin de ceux qu’on aime.
Perdre un proche quand on vit à 2 000 kilomètres de chez soi, ce n’est pas seulement faire face à l’absence définitive. C’est aussi se confronter à toutes les absences passées. Celles qu’on a acceptées, parfois minimisées, parfois refoulées. Les moments manqués. Les événements auxquels on n’a pas assisté parce que « ce n’était pas possible de rentrer », parce que « ce n’était pas le bon timing ».
Vivre loin de ceux qu’on aime est sans doute la part la plus difficile de l’expatriation. On parle souvent des opportunités professionnelles, de la richesse de l’expérience, de tout ce que cela apporte à nos enfants, à notre couple, à notre regard sur le monde. Et c’est vrai. Mais s’expatrier, c’est aussi faire des choix. Et certains ont un coût émotionnel réel.
On vit alors avec cette tension permanente : l’envie de vivre pleinement notre vie, de réaliser nos rêves, de construire quelque chose qui nous ressemble… et en même temps, la conscience aiguë de ce à quoi l’on renonce. Deux mondes qui coexistent. Deux réalités parallèles. La vie continue là-bas, sans nous. Et elle continue ici, loin d’eux.
Nous n’étions pas là pour sa crémaillère. Pas là pour cette réunion entre amis, les 50 ans d’un couple où tout le monde était réuni, sauf nous. À ces moments-là, on se dit que ce n’est « pas si grave ». Que d’autres viendront. Que le lien est là, intact. Et pourtant, avec le recul, ces absences prennent une autre dimension. On se dit qu’on aurait encore pu partager, encore rire, encore créer des souvenirs. Mais ce n’était pas le bon moment.
Et puis arrive ce paradoxe violent : ne pas être là pour célébrer la vie, mais être là pour affronter la mort. Fin décembre, nous n’avions pas prévu de rentrer en France. Et pourtant, la vie en a décidé autrement. Nous sommes là pour la fin. Pour soutenir. Pour faire face ensemble. Mais pas pour ces moments de joie que nous avons manqués. C’est profondément illogique. Et terriblement déroutant.
Alors viennent les questions. Celles qu’on n’avait jamais vraiment osé formuler. Quel est le juste équilibre ? Où se situe la limite ? Comment accepter l’absence sans avoir le sentiment de se sacrifier ? Comment être présent, autrement, sans s’effacer soi-même ?

Choisir de continuer à vivre, sans renoncer à ceux qu’on aime
On dit souvent que « choisir, c’est renoncer ». Je n’aime pas cette expression, et pourtant elle résonne aujourd’hui avec une force particulière. En partant, nous avons renoncé à une présence physique auprès de nos proches. C’est dur à écrire, mais c’est ce que je ressens. Les relations évoluent différemment. Les environnements nous transforment. Et, parfois, la distance creuse un espace silencieux entre les êtres.
Ces moments de vie viennent alors comme des rappels. L’amitié sincère, la famille, ce sont des cadeaux précieux. Des liens qu’il faut nourrir, entretenir, chérir consciemment. Non pas en renonçant à ses rêves, mais en refusant d’oublier ceux qui comptent.
Je ne crois pas qu’il faille choisir entre vivre sa vie et aimer les siens. Je crois plutôt qu’il faut sans cesse ajuster. Réévaluer. Faire des pas en arrière parfois, pour mieux avancer ensuite.
Pour nous, cela ne signifie pas revenir définitivement en France. Mais cela veut dire être plus présents. Revenir plus souvent. Prioriser certains moments. Accepter aussi que cet équilibre sera mouvant, dépendant du pays, de la distance, du budget, de la période de vie. Rien n’est figé. Tout est à réinventer.
Et peut-être que la seule certitude, au fond, c’est celle-ci : aimer à distance demande une attention particulière. Et que nos rêves n’ont de sens que s’ils continuent d’inclure, d’une manière ou d’une autre, ceux qui font battre notre cœur.
Alors en 2026, dîtes à vos proches que vous les aimez. L’amour n’a pas de distance.
Emilie
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