solitude en expatriation

Solitude en expatriation et isolement social : comment je l’ai surmontée

Tu as fait tes valises, réservé ton billet d’avion, et te voilà installé dans un nouveau pays. Sur le papier, tout semble parfait : le soleil, une nouvelle vie, des opportunités… Pourtant, quelques semaines après ton arrivée, ce sentiment étrange s’installe. Ce n’est pas de l’ennui, non. C’est quelque chose de plus profond, plus insidieux : la solitude en expatriation.

Quand je suis arrivée en Espagne en 2018 avec ma famille, je pensais y être préparée. Je savais que cette période existerait, comme le baby blues après une grossesse. Mais savoir intellectuellement qu’elle existe et la vivre au quotidien, ce sont deux choses complètement différentes. Après deux mois de speed, de découvertes et d’excitation, le rideau s’est levé. Place à la confrontation avec la réalité : l’isolement, le sentiment d’être un étranger pour les autres. On décrypte cela pour toi et on va te donner quelques tips pour t’aider à passer ce cap.

Pourquoi les expatriés souffrent-ils de solitude ?

Attention, parlons clairement : la solitude de l’expatriation, ce n’est pas de l’ennui. Il ne faut pas confondre. C’est le fait d’être seul toute la journée, de ne devoir compter que sur soi-même (et son conjoint évidemment), de gérer seul toutes les étapes de l’installation à l’étranger. C’est se retrouver avec ses habitudes de Français quand le pays ne fonctionne pas de la même manière.

L’isolement social, c’est cette rupture brutale avec ton tissu social d’origine. Tu réalises soudainement combien les apéros impromptus, les journées sorties entre copines, les mercredis après-midi entre parents faisaient la force de ta viequotidienne. Ce qui paraissait si banal en France devient un rêve à l’étranger. 

À l’heure où les moyens de communication sont à leur paroxysme, tu découvres amèrement que rien ne vaut un bon café avec un ami autour d’une table.

solitude en expatriation

Les causes fréquentes de la solitude en expatriation

La barrière de la langue : une prison invisible

C’est probablement le facteur numéro un de l’isolement à l’étranger. Même en partant avec un niveau moyen dans la langue du pays, tu sous-estimes complètement son importance. On te répète que l’immersion suffit, qu’au bout de trois mois c’est plié. Faux. Totalement faux et re re faux! Il y a l’apprentissage de la langue en cours et la vraie vie, les expressions, la vitesse de parole, les raccourcis et les accents ! 

J’ai eu pendant très longtemps cette l’impression qu’on me prive de ma liberté de parole. C’est une sensation étrange et terriblement frustrante. Ne pas pouvoir t’exprimer comme tu le souhaites lors d’une réunion de parents, ne pas réussir à te faire comprendre avec les autres mamans à la sortie de l’école… (sans parler que le temps que tu formules ta réponse dans ta tête, ils sont passés à autre chose). La relation sociale devient difficile, eta met du temps à se mettre en place. 

L’immersion peut aider, bien sûr, mais l’apprentissage structuré reste essentiel. Tu ne peux pas te reposer uniquement sur les « banales » discussions avec le personnel de la crèche, du supermarché ou de la poste pour progresser. Mon conjoint a moins ressenti cette sensation car il avait des collègues français et espagnols, mais même pour lui, la barrière linguistique restait un obstacle chaque jour, bien que lui n’ait jamais appris l’espagnol à l’école !! Imaginez le choc .

Le poids de l’administratif

Je suis devenue phobique de la boîte aux lettres. Sans rire. Ne sachant pas à quelle sauce je serai mangée ! Une facture de cinq pages sans aucune information sur le moyen de paiement. « Je dois payer où ? Vont-ils prélever automatiquement puisqu’on a fourni un RIB ? C’est quoi le délai ? »

Après être allée chez le fournisseur, on m’a dit d’aller payer cette facture… à la poste. Bien sûr, comme c’est évident ! Pourquoi je n’y ai pas pensé plus tôt ? Je pourrais aussi appeler, mais pas de service en anglais, et pour le moment l’espagnol au téléphone c’est trop compliqué.

Chaque semaine apporte son lot de surprises : des prélèvements sur le compte sans facture, des factures des anciens locataires, un suivi de courrier qui met un mois à être transféré… Gérer tout ça prend une énergie dingue. Cette mise en place est très, très longue. Ces efforts qui paraissent moindres vus de l’extérieur sont en réalité épuisants, on les sous-estime ! 

Le piège du « château de verre »

A l »époque ma maison était belle, spacieuse, avec un beau jardin. C’était mon point de repère, mon refuge, mon espace où je me sentais bien et détendue. Je n’avais jamais eu l’occasion de vivre dans une maison pareil. Mais je me rendais compte aussi du piège : rester dans son confort. 

Travailler en home office était déjà un point difficile à gérer en France, et ça l’est tout autant ici.

Ma maison était devenue une prison dorée. Je devais m’obliger à sortir, mais sortir pour quoi faire ? Pour aller où ? Avec qui ? Tu rêves d’un resto en tête à tête avec ton amoureux, histoire de décrocher de ce cocon familial qui t’emprisonne. Le hic, c’est que c’est la galère pour trouver une baby-sitter. Double peine ! J’ai recueilli des numéros d’annonces à l’abri-bus, à la sortie de l’école. Pas de réponses aux messages.
Mon espagnol devait vraiment être pourri pour qu’on ne me réponde pas ! lol Le plus frustrant ? Voir que la personne a lu ton message (merci la croix bleue de WhatsApp). Après avoir envoyé une vingtaine de demandes, posté une annonce, on s’est même fait poser un lapin lors d’une réservation confirmée. Bref ça été l’horreur. 

La facilité était de rester dans mon château de verre chaque jour, en parlant espagnol seulement quand c’est nécessaire. Mais ce n’est pas l’idée que je me fais de la vie à l’étranger. D’ailleurs nous avions fait le choix de vivre loin du lycée français pour éviter d’être avec des français au quotidien. on voulait une totale immersion ! Nous avons été servis !

Les visites : un réconfort à double tranchant

Quand ma sœur est venue passer une semaine de vacances chez nous au bout de 3 mois, ça a été génial. Visiter, papoter, profiter d’eux, se goinfrer de tapas ! Les enfants ont adoré passer du temps avec leur cousine.

Mais l’heure du départ a été terrible. Ce grand vide qui te frappe soudainement. Tu t’interroges : qui nous rend visite prochainement ? Dans quinze jours ? Un mois ? C’est long. La solitude en expatriation resurgit de nouveau, encore plus forte qu’avant. Les visites de la famille et des copains sont un réconfort immense, mais leur départ ravive cette conscience aiguë de ton isolement. Ce grand silence dans la maison est terrifiant !

solitude en expatriation

Les effets de l’isolement sur la santé

L’isolement social n’est pas qu’un inconfort temporaire. Les recherches scientifiques montrent que la solitude prolongée a des impacts psychologiques significatifs :

  • Le stress chronique : Gérer seul l’administratif incompréhensible, la barrière linguistique, l’adaptation culturelle… tout cela génère un stress constant. Ton cerveau est en alerte permanente, ce qui épuise tes ressources mentales. Ces efforts qui paraissent moindres sont en réalité épuisants, comme je l’ai vécu quotidiennement.
  • L’anxiété et les ruminations : Tu te retrouves à ressasser les mêmes pensées. « Est-ce que j’ai bien fait de partir ? Pourquoi je n’arrive pas à m’intégrer ? Est-ce que mon espagnol est vraiment si mauvais ? » Ces questionnements incessants peuvent mener à de l’anxiété sociale, où chaque interaction devient une source de stress.
  • La perte de confiance en soi : Ne pas réussir à te faire comprendre, être confronté constamment à ton statut d’étranger, échouer dans des tâches qui seraient simples dans ton pays d’origine… Petit à petit, ta confiance s’érode. Tu te sens incompétent, comme redevenu un enfant qui doit tout réapprendre.

Les phases de hauts et de bas : c’est une montagne russe émotionnelle. Un jour tu te sens conquérant, prêt à affronter le monde. Le lendemain, tu pleures parce que tu n’arrives pas à payer une facture. Ces fluctuations sont normales mais épuisantes.

Solutions pour briser la solitude en expatriation

Bon alors fini la déprime, j’en suis sortie alors toi aussi tu peux passer ce cap haut la main ! Comment brise-t-on ce cercle vicieux ? Voici mes tips.

Prends les devants, sois proactive

Un jour ,j’ai décidé que cette solitude en expatriation ne viendrait pas gâcher la fête. Il faut prendre les devants, ne pas attendre que les opportunités viennent à toi. Mon programme ? Trouver un espace de coworking sur Madrid pour sortir de ma prison de verre, finaliser mes papiers administratifs, m’inscrire au yoga, et me mettre sérieusement aux cours d’espagnol.

J’ai mis littéralement un plan d’attaque en place. Remplir mon agenda de chose que j’aime faire, et donc rencontrer des gens dans le même mood que moi ou en tout cas avec les mêmes sens d ‘intérêts. 

Multiplie les points de contact

Plus tu te mets en situation de rencontrer du monde, plus tu augmentes tes chances de créer des liens :

  • Les espaces de coworking : Parfaits pour les freelances et télétravailleurs. Tu sors de ton isolement tout en travaillant.
  • Les activités régulières : Yoga, sport, cours , clubs de lecture… L’important est la régularité. Tu revois les mêmes personnes, les liens se créent naturellement.
  • Les groupes d’expatriés : Oui, je sais, tu veux t’intégrer localement. Mais commencer par rencontrer d’autres expats qui vivent les mêmes galères que toi, c’est un bon tremplin. Ils comprennent ce que tu vis et peuvent te donner des conseils précieux. J’ai longtemps évité, jusqu’à ce que que je me rende compte que tous les groupes ne valent pas. J’ai finalement rencontré des supers filles qui étaient comme moi, indépendantes, on était pas ici avec le contrat d’expatriées, nos enfants allaient à l’école locale (et encore maintenant.
  • Les événements locaux : Fêtes de quartier, marchés, expositions, activités/animations à l’école- crèches… Même si tu ne parles pas parfaitement la langue, ta présence compte.

Accepte l’imperfection linguistique

C’est peut-être le conseil le plus important : arrête d’attendre de parler parfaitement pour aller vers les autres. Oui, tu vas faire des erreurs. Oui, tu vas galérer à t’exprimer. Et alors ? Les gens apprécient l’effort.

Ne te repose pas uniquement sur l’immersion passive. Prends des cours structurés, travaille la grammaire, le vocabulaire. Mais en parallèle, ose parler, même maladroitement. C’est en forgeant qu’on devient forgeron. Perso, j’ai pris 6 mois de cours pour lesétragner dans la mairie de ma ville. Tous les matins pendant 6 mois, j’allais en cours après avoir déposé les enfants à la crèche. J’ai fait mes premières rencontres : des italiennes, des russes, … beaucoup de nationalités étaient représentés, c’était super ! J’en garde un excellent souvenir.

L’importance des pratiques d’adaptation culturelle

S’intégrer dans un nouveau pays, ce n’est pas qu’une question de langue. C’est comprendre les codes culturels, les habitudes sociales. C’est important d’apprendre les codes locaux

Chaque culture a ses propres règles non écrites. En Espagne, j’ai découvert qu’on paye certaines factures à la poste (qui l’aurait cru ?), que les horaires sont décalés, que les relations sociales se construisent différemment qu’en France.

Observe, pose des questions, lis sur la culture locale. Comprendre ces différences t’évite bien des frustrations et des malentendus. J’ai su longtemps après qu’on ne disait pas « expatriada » , c’est une connotation très négative ici. 

Rome ne s’est pas faite en un jour. Un jour tu auras tes amis ici. Les premiers mois sont les plus durs. Il faut du temps pour construire un nouveau réseau social, pour se sentir chez soi dans un nouveau pays. Des fois, tu rencontres des gens sympas et puis tu ne les revois plus,.. nous on a eu le COVID qui a complètement cassé notre dynamique. 

Garde le cap. Relativiser et s’adapter deviennent ton quotidien. C’est épuisant, mais ça en vaut la peine.

Quels sont les inconvénients de l’expatriation ?

Parlons franchement. Trop d’instagrammeurs, journalistes et grandes écoles vantent les joies de l’expatriation sans vraiment parler des inconvénients. Peut-être en se disant que ça n’arrive qu’aux autres, ou qu’en vivant au soleil toute l’année, on aura forcément la belle vie.

C’est faux.

  • La perte de ton réseau social comme on vient d ‘en parler. Le point le plus important pourselon moi.
  • L’épuisement mental constant : Tout demande un effort. Un quotidien qui devient nettement moins facile avec des codes qui on changés. Les tâches qui étaient automatiques dans ton pays d’origine deviennent des défis.
  • La frustration de la barrière linguistique : Même avec un bon niveau de base, tu te retrouves démuni face à certaines situations. Tu ne peux pas exprimer ta personnalité, ton humour, tes nuances. Tu redeviens une version simplifiée de toi-même.
  • Les difficultés de se réinventer professionnellement. Souvent en tant que conjoint-suiveurs, on a souvent laissé aussi derrière nous notre « carrière » notre boulot, notre projet pro. 
  • La difficulté à construire de vraies amitiés, vous savez ces personnes a qui vous faîtes confiance de manière aveugle, ces amis a qui vous pouvez laisser vos enfants quand vous avez une galère., avec qui vous pouvez parler de tout ? Se faire des connaissances, c’est une chose. Construire de vraies amitiés profondes, c’en est une autre. Ça prend du temps, beaucoup de temps.
  • La nostalgie et la culpabilité : Tu as fait ce choix d’expatriation, donc tu n’as pas le droit de te plaindre, non ? Faux. Tu as le droit d’avoir du mal. Tu as le droit de regretter parfois. Tu as le droit de pleurer en pensant à tes amis, à ta famille, à ton ancienne vie.
  • Et puis il y a cette culpabilité : « J’ai tout quitté pour ça ? On a la belle vie, le soleil, alors pourquoi je suis triste ? » La vérité, c’est que le soleil ne guérit pas la solitude. oui tu as le droit de te plaindre. Il y a que les gens audacieux qui comprendront votre sentiment, les gens qui ont déjà veux des choses similaires.
emilie beslon les independantes du monde

Voilà, j’ai posé des mots sur mon expérience. J’espère qu’elle vous sera utile. Ce n’est pas vraiment informatif comme un guide pratique, mais j’espère que ça aidera d’autres expatriés à se sentir moins seuls dans cette épreuve.

Il faut bien avoir conscience qu’en partant à l’étranger, tout ne devient pas rose du jour au lendemain. C’est un peu comme faire un bébé quand son couple va mal : ajouter des épreuves supplémentaires à une situation déjà fragile, c’est voué à l’échec. Pour l’expatriation, c’est pareil. Il faut partir en toute connaissance de cause et avoir réfléchi à ce que cette aventure va t’apporter.

Et puis tu n’est pas seule, nous on est là pour te soutenir. 

Emilie


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